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15 avr. 2025Voila pourquoi, plus que jamais, nous devons être acteurs de notre santé, plus que jamais vigilants !
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" Après l’Ademe et l’OFB, l’Oqali ciblé à son tour : la science sous pression
Par Isabelle do O'Gomes le 15.04.2025 à 14h10
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L’Oqali, qui collecte des données précieuses sur l’alimentation des Français, a fait l’objet d’un amendement parlementaire visant à le supprimer. Un nouvel épisode dans une série d’attaques contre les institutions scientifiques publiques.
Une femme examine attentivement à la loupe les informations présentes sur l'étiquette d'un produit alimentaire.
L'Observatoire de la Qualité de l'Alimentation dresse un panorama de l'offre alimentaire en France en collectant et en analysant les informations présentes sur les étiquettes des produits emballés (ingrédients, valeurs nutritionnelles, allergènes). Il permet ainsi d'évaluer la qualité globale des aliments vendus en magasin.
GARO/PHANIE (Photo by GARO / Phanie / Phanie via AFP)
Alors que les projecteurs sont braqués sur les Etats-Unis, où l’administration du Département de l’efficacité gouvernementale (DOGE), dirigée par Elon Musk, multiplie les attaques contre le travail des scientifiques, la France n’échappe pas, elle non plus, à la défiance envers l’expertise. Dernier signal en date : un amendement adopté en commission au Sénat, dans le cadre du projet de loi sur la simplification de la vie économique, proposait de supprimer purement et simplement l’Observatoire de la qualité de l’alimentation (Oqali).
Créé en 2008 à la demande des ministères de l’Agriculture, de la Santé et de la Consommation, l’Observatoire de la qualité de l’alimentation (Oqali) a notamment pour mission de recueillir des données sur la composition nutritionnelle des produits alimentaires emballés vendus en France métropolitaine.
Une collecte de données essentielle pour connaître l’offre alimentaire française
"Aujourd’hui, les Français ne se nourrissent plus majoritairement de produits bruts - viande, fruits, légumes - mais consomment principalement des aliments transformés issus de l’industrie agroalimentaire", explique Olivier Allais, responsable scientifique Inrae d’Oqali.
Pourtant, lorsqu’un nouveau produit est mis sur le marché, rien n’oblige les industriels à transmettre les informations nutritionnelles ou la liste des ingrédients à une base de données publique. Leur seule obligation : faire figurer ces mentions sur l’emballage destiné au consommateur.
C’est précisément pour combler cette lacune que l’Oqali a été créé. "Nous demandons ces données auprès des industriels, et s’ils ne nous les envoient pas, nous les recueillons directement dans les supermarchés", précise le chercheur d’Inrae. Une mission indispensable pour dresser un panorama fidèle de l’offre alimentaire disponible en France — et fournir aux chercheurs comme aux pouvoirs publics une base de travail solide pour orienter les politiques de santé.
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Des données clés face à l’explosion des maladies liées à l’alimentation
En France, l’alimentation est devenue un enjeu majeur de santé publique. Les chiffres sont sans appel : 30 % de la population est en surpoids, 17 % en situation d’obésité — dont 2 % souffrent d’obésité morbide. En 2023, 3,8 millions de personnes étaient traitées pour un diabète, et 17 millions pour une hypertension artérielle. Chaque année, près de 140.000 décès sont dus aux maladies cardiovasculaires. Or, ces pathologies sont étroitement liées à la qualité de notre alimentation.
"Pour lutter contre ces maladies, il faut des politiques de prévention efficaces : taxe sur les sodas, Nutri-Score, incitation à la reformulation des recettes industrielles… Mais aussi une évaluation rigoureuse de ces mesures", souligne Céline Bonnet, chercheuse à la Toulouse School of Economics et utilisatrice régulière des données de l’Oqali.
Des chiffres au service de la science et de la santé publique
Depuis sa création, l’Oqali s’est imposé comme une ressource pour évaluer l’efficacité de certaines politiques nutritionnelles en France. Prenons l’exemple de la taxe soda, instaurée en 2012 : "Grâce aux données collectées par l’Oqali, il a été possible de montrer que la mesure était mal calibrée : peu d’industriels ont réellement réduit la teneur en sucre de leurs boissons", analyse la chercheuse Toulousaine.
Même constat du côté du Nutri-Score, porté par Serge Hercberg et son équipe. "C’est grâce à cet observatoire que nous savons quelle part d’industriels ont accepté d’afficher le logo sur l’emballage de leurs produits. Et cette information est essentielle pour évaluer son impact réel."
L’Oqali fournit également des données précieuses pour la recherche en épidémiologie. Une récente étude, publiée le 8 avril dans la revue PLOS Medicine, s’est appuyée notamment sur son expertise pour examiner l’exposition des Français aux additifs alimentaires. Résultat : un mélange de certains additifs pourrait augmenter le risque de diabète de type 2.
"Ce travail de collecte de données permet également de suivre, sur le long terme, l’évolution de la composition nutritionnelle des aliments transformés et emballés par catégories de produits : plats cuisinés, boissons, fromage", indique Olivier Allais. Un accord a été conclu avec le syndicat des boulangers pour réduire progressivement la teneur en sel du pain, aliment central dans l’apport de sodium des Français.
Parmi les dernières analyses issues de ces travaux, un constat particulièrement préoccupant : 77 % des produits alimentaires - y compris les plats salés, les sauces, et même le pain - contiennent désormais au moins un ingrédient sucrant ou vecteur du goût sucré.
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Alors pourquoi vouloir supprimer "le thermomètre de nos assiettes" ?
L’amendement proposé par Anne-Laure Blin, députée du Maine-et-Loire, et quatre autres parlementaires, qui préconise la suppression pure et simple de l’observatoire, n'apporte aucune réponse significative, bien qu'il ait été validé en commission. Il se contente de souligner que les acteurs de l’industrie agroalimentaire sont confrontés à trop "d’interlocuteurs différents" pour la vérification de la qualité de leurs produits. En outre, l’amendement évoque un "doublon", alors que, comme le précise Olivier Allais, "cette base de données est unique en son genre en France et un modèle qui s'exporte en Europe". Interrogée par mail sur le sujet, la députée n’a pas souhaité répondre aux questions de Sciences et Avenir.
Cependant, les amendements déposés pour contrer celui de Mme Anne-Laure Blin semblent indiquer que certains acteurs de l'industrie alimentaire pourraient être à l'origine de ce texte. En l'absence d’observatoire, il n'y aurait plus de possibilité d'avoir accès à une photographie de l'offre alimentaire. En d'autres termes, "en cassant le thermomètre, on ne verra plus la fièvre".
Une méthode française qui inspire l’étranger
Le modèle français d’analyse de l’offre alimentaire, porté par l’Oqali, fait des émules. Il a inspiré la création d’un observatoire similaire au Québec, et plus de 20 pays européens – dont la Belgique, la Pologne, l’Irlande ou le Danemark – l’ont adopté pour mieux suivre la qualité nutritionnelle des produits vendus sur leur territoire.
Un coup de massue pour les scientifiques
La surprise a été totale parmi les chercheuses, chercheurs interrogés. Aucune, aucun n’avait anticipé qu’une parlementaire remettrait en cause leur travail sans concertation préalable. Contrairement à ce que semble indiquer l’amendement, "il n’y a aucune obligation pour les industriels de collaborer avec nous, tout se fait sur la base du volontariat", commente Olivier Allais. De plus, l'observatoire dispose d’un comité d’orientation technique "dans lequel siègent les principaux syndicats de l’industrie agro-alimentaire : l’ANIA (Association nationale des industries alimentaires) et la FCD (Fédération du Commerce et de la Distribution), nous agissons en total transparence", rappelle-t-il.
"L’amendement de la députée Blin envoie un mauvais signal à ceux qui œuvrent pour la santé publique", constate Serge Hercberg. Bernard Basset, médecin spécialiste en santé publique et président de l’Association Addictions France, partage lui aussi cette inquiétude et ajoute : "La santé publique nécessite stabilité, indépendance et moyens pour agir dans l’intérêt général. Défendre ces principes n’est pas un luxe, c’est une nécessité."
Contre-amendements adoptés : un répit pour les scientifiques, mais des tensions qui s’installent
Heureusement, six contre-amendements ont été déposés pour préserver l’observatoire. Ces derniers ont été adoptés en séance plénière le 10 avril. À moins d’un retournement de situation, la loi devrait être définitivement votée le 6 mai, offrant ainsi aux scientifiques la possibilité de retrouver un peu de sérénité dans leur travail.
Cependant, cet épisode laisse des traces. Il s’inscrit dans un contexte de plus en plus tendu, marqué par une multiplication des attaques visant le monde de la recherche, en particulier les institutions qui tentent de préserver les "biens publics" (santé, environnement). Plusieurs institutions publiques, telles que l’Ademe, l’OFB et l’Anses, ont récemment été mises en cause, et d’autres, comme le Haut Conseil pour le climat, ont été aussi ciblées par des amendements à la loi sur la simplification de la vie économique. Un enchaînement de signaux qui nourrit l’idée d’une remise en cause du travail scientifique indépendant."