Les Echos - N° 24257 lundi 22 juillet 2024
23 juil. 2024Des acteurs privés veulent sortir le fret ferroviaire du déclin Le trafic de fret ferroviaire dans l'Hexagone a plongé de 17 % l'an dernier, le double de la moyenne européenne. Pour autant, les logisticiens renouvellent les initiatives pour décarboner le transport par un report de la route vers le rail. Malgré des aides publiques, maintenues vaille que vaille, aux opérateurs, le fret ferroviaire est de plus en plus mal embarqué en France. Le transport de marchandises par le rail a dévissé de 17 % en 2023, à 29 milliards de tonnes-kilomètres, soit son plus bas niveau depuis 1980, selon les données publiées fin juin par l'Autorité de régulation des transports (ART), qui parle d'une« chute historique ». Par comparaison, les mêmes trafics reculaient l'an dernier de 2 % en Espagne, de 6 % en Allemagne et de 7 % en Italie. Symbole du déclin tricolore, le « train des primeurs » Perpignan-Rungis, qui a fait son dernier voyage fin juin, sans aucune garantie de reprise par la suite.
Et si on offrait à l’opérateur des trains de 1 500 mètres de Perpignan à Miramas. Plus de trafic pour équilibrer ses comptes ! La politique de volume.
Aux difficultés économiques et techniques structurelles du secteur s'ajoutent en France plusieurs handicaps conjoncturels. Il y a eu la grève
Et si on apportait un peu de sérénité chez les cheminots !
contre la réforme des retraites dans tout le groupe SNCF, qui a fait chuter fortement les trafics principalement en mars 2023 (-45 %), y compris chez les opérateurs privés dépendants des aiguilleurs de SNCF Réseau. Mais la fermeture du principal axe France-Italie à la suite d'un éboulement en vallée de la Maurienne, fin août (le trafic par rail est toujours stoppé un an plus tard)
Ah, si le tunnel sous le Montgenèvre avait été percé !
a également pesé. Sans oublier la forte réduction d'activité de Fret SNCF, imposée par Bruxelles
Et si on remettait tout à plat : avec un Plan MARSHALL du fret ferroviaire européen, par exemple, …
après une enquête sur des aides historiques indues. De quoi expliquer un décrochage beaucoup plus important qu'en Europe, où le recul moyen des trafics se situe à -8 %.
… Plan MARSHALL bénéfique à toute l’Europe.
Cependant, contrairement au trafic passagers capté quasi exclusivement par l'opérateur historique SNCF, dans les marchandises, les opérateurs sont beaucoup plus divers au sein de l'écosystème (tractionnaires, affréteurs, chargeurs, etc.). Et nombre d'initiatives récentes témoignent de la volonté des acteurs privés de transférer des marchandises du camion vers le train, au nom de leurs objectifs écologiques.
Aidons-les.
Des camions en moins sur les autoroutes Témoin de ce mouvement, le récent accord annoncé entre Carrefour et le groupe Danone pour servir 130 hypermarchés du distributeur en région Paca en eaux d'Evian par le train, et non plus par camions. Une fois par semaine, un convoi de sept wagons
Pas très rentable. Complétons-le jusqu’à 750 mètres, au moins.
transporte 500 palettes de bouteilles au départ des sources d'Evian pour servir, 600 kilomètres plus au sud, le site logistique tampon de ID Logistics à Grans-Miramas (Bouches-du-Rhône).
A proximité d’un triage qui peut former des trains de 750 mètres (et même de 1 500 mètres, il l’a fait, je l’ai fait !).
ID est l'organisateur de ce flux dédié, tandis que l'opérateur Régio‐Rail assure la traction. Soit l'équivalent de 500 poids lourds diesel en moins sur les autoroutes. Ici, il s'agit d'une relance d'une précédente tentative, grâce à la présence d'un « terminal embranché » (une voie ferrée dédiée servant l'entrepôt régional), mais les chargeurs avaient préféré recourir aux camions.
ITE non adaptée à la manutention par les extrémités. Un OFP avait proposé une livraison des caisses par remorque "squelette" (parcours privé sans emprunt du réseau routier national) au coût abordable : on ne l'a jamais autorisé à mettre en place cette desserte. Cherchez l'erreur !
Même volonté d'économiser du CO chez Geodis.
Qui doit avoir un entrepôt à CLESUD (ou a proximité) et filiale de SNCF !
Le grand logisticien français a inauguré mi-juin une nouvelle liaison ferroviaire entre la Pologne et l'Espagne, plus précisément de Lodz à Barcelone, donc y compris sur un grand tronçon français.
Qu'on peut compléter avec les trafics est/ouest : plus de 10 000 PL/J au Boulou !
Capable de transporter une fois par semaine jusqu'à 44 conteneurs ou caisses mobiles, soit plus de 1.000 tonnes de charge utile par trajet, ce parcours « bien qu'environ 160 km plus long que par la route, permet de réduire jusqu'à 79 % les émissions de CO . La consommation d'énergie est également inférieure d'environ 57 % », calcule Geodis. A distance équivalente, « la livraison de marchandises par rail émet cinq fois moins de CO que le transport routier », selon le transporteur tricolore qui prévoit de passer bientôt à deux trains par semaine sur cet axe. Bien que spécialisé dans les entrepôts, Ceva Logistics, filiale de CMA CGM, est également soucieux du volume de gaz carbonique des acteurs chargés de les alimenter au quotidien. D'où le besoin de proposer à ses clients des solutions intermodales. Le logisticien « ajoute 41 nouvelles remorques intermodales particulièrement adaptées au transport longue distance rail et route », a-t-il récemment annoncé. Nouvel itinéraire multimodal Ces nouvelles remorques seront bientôt déployées sur le corridor Pologne-République tchèque-France, tout particulièrement pour ses clients du secteur automobile, en combinant le rail et la route.
En voilà une bonne idée (pour les marchandises et les voyageurs).
En basculant du camion au train, Ceva « estime que ses clients peuvent atteindre une réduction des émissions de CO d'environ 60 % ». Autre effort de décarbonation chez XPO Logistics, même s'il contourne cette fois l'Hexagone. Le fournisseur américain de solutions logistiques lance un nouveau corridor de 2.600 km entre Anvers (Belgique) et Istanbul (Turquie). Ce nouvel itinéraire multimodal combine les modes routier et ferroviaire, « réduisant le temps de transit de dix à huit jours par rapport au transport routier seul », selon le groupe. Le transport ferroviaire « produit environ 80 % d'émissions en moins que le transport routier, ce qui équivaut à environ 3,1 tonnes de CO en moins par trajet sur cet itinéraire », ajoute XPO. Une alternative est proposée avec la possibilité de combiner le transport ferroviaire puis maritime, avec un trajet par rail Duisbourg (Allemagne) - Trieste (Italie), puis un transit maritime vers la Turquie.
Transit qui se faisait par le GPMM (Les Tellines) ou Brégaillon (Toulon). Une fois de plus, cherchez l'erreur !
Denis Fainsilber
■ par Denis Fainsilber
J'espère que cet article vous aura convaincu de la nécessité du PLAN MARSHALL du Fret Ferroviaire en Europe.
J'espère que la nouvelle équipe française osera. Sinon, ... c'est à désespérer de la politique !